1.2. Cultures fourragères

Le mot « fourrage » désigne l’ensemble des produits destinés à l'alimentation de certains animaux domestiques, les herbivores (bovins, ovins, caprins, équins), élevés principalement pour leur lait et leur viande (Chaabena, 2001). Il s’agit principalement des végétaux appartenant à diverses familles surtout à celles : des graminées, des légumineuses, des astéracées et des chénopodées (Duchenne et Demeuse, 2006). Leur valeur nutritionnelle réside dans leur teneur en fibres, en protéines et en énergie.

Selon Poisson (1992) on désigne sous le nom de plantes fourragères toute plante qui participe à l’alimentation des herbivores domestiques (bovins, ovins, caprins). Une large part de cette alimentation est assurée par la partie verte de la plante. On distingue généralement 5 classes de fourrages (Duchenne et Demeuse, 2006):

- fourrages verts : herbe, maïs en vert, céréales en vert, …

- fourrages ensilés : ensilages d’herbe, de maïs plante entière, de pulpes de betteraves, …

- fourrages secs : foin, regain, …

- fourrages déshydratés artificiellement : cubes de luzerne, …

- pailles et rafles : pailles de céréales, de pois, rafle de maïs, …

1- Classification des fourrages et leurs principales familles

Les fourrages peuvent être spontanés ou cultivés. Ils sont représentés à travers le monde par cinq grandes familles qui sont les légumineuses, les graminées, les crucifères, les astéracées et les chénopodées. Cependant, un certain nombre d'espèces appartenant à d'autres familles peuvent répondre aux besoins des éleveurs. (Riviere, 1979 ; Abdelkefi et Marrakchi, 2000 ; Duchenne et Demeuse, 2006).

  • Les graminées 

La famille des graminées est la plus importante des spermaphytes, tant par le nombre des espèces, qui est environ plus de 10.000 (Jobin, 2011) dans le monde que par celui des individus ainsi que par l’intérêt économique de certaines plantes qu’elle renferme (céréales, graminées, …) (Goris, 1967).

  • Les légumineuses 

Une des plus importantes familles parmi les dicotylédones. C'est la famille végétale qui fournit le plus grand nombre d'espèces utiles à l'homme, qu'elles soient alimentaires, industrielles ou médicinales, comprenant des plantes herbacées, des arbres, des arbustes ou des lianes, à feuilles habituellement composées, souvent trifoliolées, rarement simples, généralement avec des stipules. Beaucoup sont grimpantes et possèdent des feuilles ou des parties de feuilles modifiées en vrilles. Les fleurs, pentamères avec 10 étamines ou parfois plus, ressemblent souvent à des papillons. Fruit en gousse uniloculaire s’ouvrant en deux valves séparées et contenant de nombreuses graines (Caputa, 1967). Les racines des légumineuses présentent des nodosités, celles-ci résultent d’une hypertrophie des tissus suivie de dégénérescence gommeuse, apparue sous l’influence de bactéries du genre Rhizobium, spécifiques pour chaque espèce (Zakhia et al, 2004).

Selon Sebihi (2008), Les légumineuses sont subdivisées en trois sous familles d’importance inégale :

- Les Caesalpinioideae : ont habituellement des fleurs comme des papillons et à étamines unies, comprenant environ 150 genres et 2200 espèces.

-Les Mimosoideae : ont de très nombreuses petites fleurs en grappes serrées, à nombreuses étamines saillantes en dehors des petits pétales ; les fleurs sont symétriques. Ils sont en majorité des arbres et arbustes des régions tropicales et subtropicales. Cette sous-famille comprend 62 genres et environ 2500 espèces.

-Les Papilionaceae ou Fabaceae : représente la sous-famille la plus diversifiée avec 429 genres et plus de 12000 espèces.

2-Situation fourragère et des fourrages en Algérie

En Algérie, l’objectif de la production fourragère est l’alimentation du cheptel pour la production du lait, de viande, de laine, de peaux et du fumier (Hamadache, 2001). L’essentiel de l’alimentation du cheptel est assuré par les milieux naturels (steppe, parcours, maquis…) et des milieux artificiels (jachères, prairies…) notamment en hiver et au printemps. Les terres consacrées à la production fourragère couvrent 33 millions d’hectares répartis entre les prairies naturelles (0,1 à 1 %), les cultures fourragères (1% à 1,6 %), la jachère (10,6 %), les pacages et parcours et les dérivés des céréales (86% à 87,7 %) (Nouad 2001 ; Nedjraoui, 2001).

Selon NOUAD (2001), la satisfaction des besoins du cheptel provient essentiellement des pacages et parcours et les dérivés des céréales (86%), les cultures fourragères participent à 13% dans le rationnement du cheptel national et les prairies naturelles n’apportent que 1%.

Les ressources fourragères, en Algérie, se composent principalement de chaumes de céréales, végétation de jachères pâturées, parcours steppiques, forêts, maquis et de peu de fourrages cultivés (tableau 1).

Tableau 1 : Les ressources fourragères en Algérie (Hamadache, 2001).

Source

Superficie

fourragère (ha)

Productivité moyenne (UF /ha)

Observations

Parcours steppiques

15 à 20 millions

100

Plus ou moins dégradés

Forêts

Plus de 3 millions

150

-

Chaumes de céréales

Moins de 3 millions

300

 

Nécessité d’amélioration de

la qualité des chaumes

Végétation des

jachères pâturées

Moins de 2

Millions

250

Nécessité d’orienter la

Végétation

Fourrages cultivés

Moins de 500 milles

 

1000 à 1200

 

Orge, avoine, luzerne, trèfle, le sorgho, vesce avoine

Les prairies permanentes

Moins de 300 Milles

-

Nécessité d’une prise en charge

 

Le déficit fourrager est de 58 % en zone littorale, 32 % en zone steppique et 29 % au Sahara. La jachère (46 % de la SAU) et les cultures herbacées (47% de la SAU dont 82 % à base céréalière et 18 % à base fourragère) sont les bases des fourrages. La Vesce Avoine occupe 70 % de la superficie cultivée, les céréales (orge, avoine et seigle) 10 %, la luzerne et le sorgho 1 à 5 % (INRA, 2007).

Les cultures fourragères occupent une place marginale au niveau des productions végétales. Outre la faible superficie réservée à ces cultures, la diversité des espèces est très limitée et les cultures dominantes (orge, avoine, vesce, avoine) sont destinées à la production de foin (Abdelguerfi et Laouar, 2001).

Le développement des cultures fourragères, constitue une préoccupation majeure dont dépend, de manière étroite, l'augmentation de la production des viandes et du lait. Ces derniers constituent, au même titre que les céréales, une charge importante, pour le pays et une forte dépendance vis-à-vis de l'étranger (Khaldoun et al, 2000).

 

Nouad (2001) et Issolah (2008) rapportent que les contraintes liées à la filière fourrage sont :

l’absence de législation concernant la gestion des parcours steppiques,

le système fourrager reposant essentiellement sur l’utilisation des céréales, qui est dominé par l’association vesce avoine;

l’utilisation d’un matériel végétal de faible performance;

la qualité médiocre des fourrages secs à cause de la récolte souvent tardive ;

la production de semences est pratiquement absente (les besoins étant couverts par les importations);

l’absence de la technique d’ensilage et de l’affouragement vert … etc.

3-Les Ressources phytogénétiques fourragères et pastorales en Algérie

L’Algérie porte une grande richesse d’espèces spontanées fourragères et pastorales, appartenant aux genres Medicago, Scorpiurus, Lolium, Trifolium, Bromus, Lotus, Hedysarum, Phalaris et Dactylis (Lapeyronie, 1978 cité par Bouzerzour et al, 2003).

Les espèces spontanées apparentées des espèces fourragères (graminées et légumineuses) généralement rencontrées comprennent la luzerne (Medicago sativa), des Medicago annuelles, du lupin, du bersim, du trèfle, du trèfle blanc, du trèfle souterrain, du pois fourrager (Lathyrus sp), du sulla (Hedysarum coronarium), des vesces, des graminées (Eragrostis, Festuca, Phalaris) et diverses espèces comme Astragalus, Bituminaria, Lotus et Ononis (Bouzerzour et al, 2003).

Dans les régions arides et semi arides la végétation a un caractère essentiellement steppique. Elle se caractérise par l’importance des espèces vivaces, ligneuse et des graminées (Le Houerou, 1995 cité par Bouzerzour et al, 2003). Cette végétation est généralement subdivisée en formations végétales assez spécifiques comme :

les parcours à alfa (Stipa tenacisima), Steppe à base de alfa recouvrent 4 millions d’hectares, la productivité moyenne de ce type de steppe varié de 60 à 150 UF/ha selon le recouvrement et le cortège. La valeur pastorale peu importante (10 à 20/100 en moyenne) permet une charge de 4 à 6 hectares par mouton (Nedjraoui, 2004).

les parcours ou steppes à armoise blanche (Artemisia herba alba), ils recouvrent 3 million d’hectare. L’armoise ayant une valeur fourragère importante, la steppe à armoise sont souvent considérées comme les meilleur parcours 1 à 3 ha/ mouton (Nedjraoui, 2004).

les steppes à sparte (Lygeum spartum) couvrent 2 millions. Lygeum spartum ne présente qu’un faible intérêt pastoral avec une productivité relativement élevée (110Kg MS/h/an) (Nedjraoui, 2004).

les parcours à remt (Artrophytom scoporium) forment des parcours qui présentent des intérêts assez faibles sur le plan pastoral. La productivité pastorale est comprise entre 25 et 50 UF/ha /an et une charge de 2 à 5 ha/ mouton (Nedjraoui, 2004)

la steppe à psamophytes constituée de graminées à Aristida pungens et Thymellaea microphyla ou encore des arbustes à Retama raetam (Nedjroui , 2000 cité par Bouzerzour et al, 2003).

les steppes à halophytes dont les espèces végétales les plus répondues sont Atriplex halimus, Atriplex glauca, Suaeda fruticosa, Frankenia thymifolia, Salsola sieberi et Salsola vermiculata (Nedjroui, 2000 cité par Bouzerzour et al, 2003).

4-Types et modes de conservation :

Prairies permanentes ou temporaires : Peuvent être pâturées directement ou fauchées pour produire du foin (séchage naturel au soleil). La luzerne (Medicago sativa), une légumineuse fourragère très riche en protéines, est souvent cultivée pour être déshydratée industriellement.

Ensilage : Technique de conservation par fermentation lactique anaérobie dans des silos. Les plantes sont récoltées avec un taux d'humidité élevé et broyées. Le maïs ensilage et l'ensilage d'herbe sont des bases cruciales pour l'élevage laitier intensif.

Enrubannage : Technique similaire à l'ensilage mais la conservation se fait dans des balles enveloppées de film plastique.

Cultures dérobées : Implantées entre deux cultures principales pour couvrir le sol et produire du fourrage supplémentaire (ex. : un ray-grass italien semé après une moisson de blé et pâturé à l'automne).

Importance : Elles sont indissociables de l'élevage. La qualité du fourrage est directement corrélée à la productivité animale (production laitière, croissance). Agronomiquement, les prairies et légumineuses fourragères améliorent la structure du sol, limitent l'érosion et stockent du carbone (INRAE, 2021).

5-Notion de la valeur alimentaire des fourrages

Le terme de valeur alimentaire d’un fourrage recouvre deux notions complémentaires: la valeur nutritive et l’ingestibilité (Demarquilly et Weiss, 1970 ; Baumont et al, 2009).

 

- Valeur nutritive des fourrages

Selon Jarrige (1988), la valeur nutritive d’un fourrage se traduit par sa concentration en éléments nutritifs (énergie, azote, minéraux, vitamines) et sa valeur azotée.

La valeur nutritive des fourrages dépend du gradient de réparation des différents tissus qui composent la plante: parenchymes, tissus de soutien et de protection. Elle est d’autant plus élevée que les issus parenchymateux sont développés, les parois peu abondantes et peu lignifiées (Guerin, 1999).

- Valeur énergétique

La valeur énergétique des fourrages s’exprime par leur teneur en énergie nette dans le système des unités fourragères (UFL, UFV). Le principal facteur de variation de la teneur en énergie nette des aliments est la digestibilité de l’énergie brute qu’ils contiennent et qui est très étroitement liée à la digestibilité de la matière organique (DMO) (Baumont et al, 2009).

Valeur azotée (PDIN - PDIE)

La valeur azotée des fourrages peut être exprimée soit en teneur en matière azotée digestible (MAD) soit en teneur en protéines digestible dans l’intestin grêle (PDI). Dans l’alimentation des ruminants, le système PDI est devenu actuellement la référence pour les francophones, il permet d’estimer trois valeurs :

1- protéines digestibles dans l’intestin d’origine alimentaire ;

2- protéines digestibles dans l’intestin permises par l’azote ;

3- protéines digestibles dans l’intestin permises par l’énergie.

La qualité de protéines digestibles dans l’intestin d’origine microbienne quand l’azote fermentescible ou l’énergie fermentescibles de l’aliment constitue un facteur limitant sont notées prospectivement PDIMN et PDIME. (Daccord, 2005).

- Ingestibilité des fourrages

L’ingestibilité d’un fourrage est la quantité volontairement ingérée par l’animal (Demarquilly et Weiss, 1970 ; Baumont et al, 2009).

Pour un animal donné, l’ingestibilité d’un fourrage dépend des caractéristiques du fourrage, et des caractéristiques de l’animal (Andrieu et Baumont, 2000).

Les unités d’encombrement (UEL- UEB) expriment l’ingestibilité des fourrages, c’est-à-dire leur capacité à être ingérés en plus ou moins grande quantité lorsqu’ils sont distribués à volonté. Plus un fourrage est encombrant, moins il est ingestible.

L’encombrement d’un fourrage est proportionnel à son temps de séjour dans le rumen qui dépend du temps nécessaire à sa digestion par les micro-organismes et à sa réduction en petites particules pouvant être évacuées dans la suite du tube digestif. Ce temps de séjour est lié à la teneur en parois végétales du fourrage (Baumont et al, 2000).

La valeur d’encombrement d’un fourrage dépend aussi de sa teneur en matière sèche ; l’ingestibilité augmentant avec celle-ci.

Cette valeur est négativement liée à la valeur énergétique car les fourrages de valeur énergétique élevée ont des teneurs en parois végétales faibles. Les fourrages dont la valeur UFL est supérieure à 0,9 sont également très ingestibles et leur densité énergétique (UF/UE) est élevée (> 0,9) à même valeur énergétique.

La valeur d’encombrement d’un fourrage dépend aussi de sa teneur en matière sèche (Cabrera et al, 2004).

Selon Jarrige (1984), la prévision de l’ingestibilité reste aléatoire. L’ingestibilité d’un fourrage diminue au fur et à mesure que la plante vieillit. Elle diminue également lorsque la teneur en MAT diminue et lorsque la teneur en CB augmente. Une augmentation de la digestibilité se traduit par une augmentation de leur ingestibilité.

6- Composition chimique des fourrages

 

Les méthodes d’estimation de la valeur des aliments reposaient principalement sur la détermination de la composition chimique des aliments (INRA, 1981 ; Jarrige, 1988).

D’un point de vue chimique, un fourrage est constitué de deux composantes: l’eau et la matière sèche (Duchenne et Demeuse, 2006) comme le montre la figure 01.

 

 

Figure 01: Composition chimique d’un fourrage (Duchenne et Demeuse, 2006).

 

- Eau

Tous les aliments renferment de l’eau, même ceux qui paraissent très secs comme les grains ou les graines. En termes d’analyse alimentaire, la teneur en eau d’un aliment s’appelle le pourcentage d’humidité. La somme pondérale des nutriments autres que l’eau prend le nom de la matière sèche (Jean-Blain, 2002).

 

- Matière sèche

Dans la partie matière sèche, il faut distinguer la matière organique, constituée de toutes les molécules carbonées provenant du végétal, et les cendres, qui représentent la partie inorganique du fourrage (Duchenne et Demeuse, 2006).

 

Matière minérale ou cendres

Les cendres sont le résidu de la calcination du fourrage. Elles renferment, sous leur forme soluble, les matières minérales (calcium, phosphore, sodium, magnésium, soufre et oligo-éléments) essentielles à l’équilibre nutritionnel de la ration (Duchenne et Demeuse, 2006). Les matières minérales totales (ou cendres brutes) constituent de 8 à 15% de la matière sèche des fourrages (Jarrige, 1977).

  • Matière organique

La matière organique est constituée, elle aussi, de différentes composantes. Selon Lapeyronie (1982), tout produit végétal est constitué de cellules dont les éléments protoplasmiques et les éléments membranaires sont de compositions différentes. Dans le protoplasme on trouve des matières azotées, des glucides, des acides organiques, de la matière grasse et des pigments. La membrane est constituée de cellulose vraie, dont le degré de polymérisation varie avec l’âge et l’organe considéré, d’hémicellulose, de lignine et des substances pectiques.

De façon générale, la matière organique est constituée des glucides, des matières grasses et des protéines.

 

  • Glucides

Selon Jean-Blain (2002), les nutritionnistes ont l’habitude de classer les glucides des aliments en deux catégories comme suit :

a- Glucides pariétaux

Étant les constituants de la paroi cellulosique, les glucides pariétaux comprennent :

a-1- Cellulose

La cellulose est le constituant qui assure la protection et le soutien dans les organismes végétaux. Elle se situe dans la membrane cytoplasmique des cellules et est la substance organique la plus abondante dans la nature. La cellulose est un sucre complexe (homopolysaccharide). La complexité de sa structure explique la difficulté de la digérer (Duchenne et Demeuse, 2006).

a-2- Hémicellulose

L’hémicellulose est un mélange complexe de substances incluant de courtes chaînes de glucanes, des polymères de xylose, d’arabinose, de mannose et de galactose, des polymères mélangés d’unités de sucres et d’acide urique, et des polysaccharides de pectine (Duchenne et Demeuse, 2006).

La cellulose et l’hémicellulose de la paroi cellulaire sont la source d’énergie primordiale du ruminant. Avec l’âge, la paroi s’épaissit et se lignifie. Elle devient de moins en mois utilisable par les microorganismes de la panse et constitue une barrière freinant leur accès au contenu cellulaire (matière azotée, sucres, eau), la digestibilité et la valeur nutritive de la plante diminuent (Doccord et Arrige, 2003).

 

a-3- Lignine

La lignine est une molécule complexe qui se dépose sur les composés de cellulose à mesure que la plante vieillit. Elle forme des liaisons avec les glucides des parois cellulaires rendant ceux-ci moins accessibles à l’attaque des microbes du rumen (Duchenne et Demeuse, 2006).

b- Glucides cytoplasmiques (non-structuraux)

Les hydrates de carbone non structuraux comprennent les sucres simples ou composés rapidement digestibles (glucose, fructose, sucrose et maltose), et les polysaccharides (amidon, fructosane et pectine). L’amidon est le polysaccharide de stockage chez les légumineuses alors que les fructosanes jouent le même rôle chez les graminées (Duchenne et Demeuse, 2006).

Figure 02: Les glucides du fourrage (Duchenne et Demeuse, 2006).

  • Protéines 

Les protéines ont des rôles très diversifiés dans le métabolisme de la plante et des animaux. Elles interviennent dans la construction et la réparation des tissus, la régulation hormonale de la croissance, les productions animales (lait, viande, …). Elles sont également source d’énergie par différentes voies de dégradation métabolique. (Duchenne et Demeuse, 2006). Dans les fourrages, les protéines sont extrêmement variables, il s’agit surtout des protides et des matières azotées non protidiques.

 

a- Protides

Les protides comprennent les protéines, les polypeptides et les acides aminés libres, Ils donnent par hydrolyse des acides aminés. Leur structure et leur nature leur donne une certaine solubilité dans l'eau et dans les différents tampons ainsi que, une aptitude à être hydrolysés par les enzymes bactériennes chez les ruminants (Guy, 1965 ; Robert et Roland, 1998 cité par Berri, 2009).

b- Matières azotées non protidiques

Elles comprennent les amides, les diverses nitrates et l’ammoniac. Leurs teneurs sont assez variables dans les aliments (Besse, 1969 cité par Berri, 2009). Parmi les aliments les plus riches en ces composés, on trouve les graines oléagineuses et protéagineuses (22 à 40%), les céréales sont les plus pauvres (10 %).

  • Matières grasses

Selon Jean-Blain (2002), les matières grasses alimentaires sont des mélanges de triglycérides mixtes possédant chacun des acides gras différents. Généralement, les matières grasses représentent 2 à 3% de la matière sèche, et elles se composent des lipides et des pigments principaux (Ramesy et al, 1984).

7 - Facteurs de variation de la valeur alimentaire

 

D’après Tisserand (1991), la valeur nutritive des plantes fourragères joue un rôle important dans l’alimentation des ruminants. Cependant, elle est susceptible de variations importantes qui sont liées aux conditions agro - écologiques (sol et climat), aux conditions de l’exploitation (fertilisation, stade de coupe), aux procédés de conservation (fenaison, ensilage) et aux stades de développement (Jarrige ,1981).

  • Facteurs extrinsèques

La productivité d’une culture à élaborer une masse de matière sèche, se trouve déterminée par l’espèce exploitée et par l’incidence du climat sur le complexe : plantes, techniques culturales et sol .

Selon Demarquilly (1982), les différences bien connues de la valeur nutritive entre les fourrages des pays tempérés et des pays tropicaux sont à l’origine de nombreuses études sur l’influence des conditions climatiques sur la composition chimique et la valeur nutritive des fourrages. Le climat agit sur la composition chimique des fourrages par la majorité de ses composantes.

  • Lumière

L’influence la plus nette de la diminution de l’intensité lumineuse est la baisse des teneurs en matière sèche et en glucides solubles. En revanche, elle augmente les teneurs en nitrates et en cendres et, le plus souvent, les teneurs en constituants pariétaux, notamment en cellulose et en lignine. Cette augmentation des teneurs en constituants pariétaux affecte aussi bien les feuilles que les tiges (Deinum et Dirven, 1972).

  • Température

L’action de la température sur la croissance est la résultante de son action sur la photosynthèse et les réactions métaboliques, mais aussi sur l’alimentation hydrique et minérale (Heller et al, 1995).

La température a souvent l’effet négatif le plus important sur la valeur nutritive des fourrages (Demarquilly, 1982). Les plantes cultivées à des températures élevées produisent généralement de fourrage de qualité inférieure des plantes cultives sous des températures plus fraîches. Cependant, le fourrage de toute espèce tend à être inférieur en qualité si elle est produite dans une région chaude, plutôt que d’une région froide. Par exemple, dans un ray-grass annuel à des températures de 50 à 59°C produit de fourrage composé de 59% de feuilles, mais seulement 36% de feuilles lorsque il est cultivé à 68 à 77°C (Ball et al, 2001).

  • Humidité du sol et de l’air

Quand la sécheresse est suffisamment prolongée, elle peut diminuer de façon importante la valeur nutritive. Un déficit hydrique léger affecte l’allongement des tiges: la plante sera plus feuillue, plus riche en azote (MAT) et plus digestible (Vough et Marten, 1971; Wilson, 1981).

7-2- Facteurs intrinsèques

  • Effet de l’espèce 

La valeur alimentaire d’une prairie diversifiée dépend en premier lieu de la composition du mélange d’espèces et de la valeur des ces espèces (Baumont et al, 2009).

Selon Lapeyronie (1982), Il existe entre les deux groupes de plantes graminées et légumineuses des différences importantes de composition.

A stade équivalent, il est possible de mettre en évidence des différences sensibles de composition entre les deux familles botaniques, et pour une même espèce, entre variétés. En effet, les légumineuses sont plus riches en protéines que les graminées (Decruyenaere, 2006).

Les légumineuses fourragères produisent généralement de meilleure qualité que les graminées, parce que les graminées ont habituellement moins de fibres et favoriser l’ingestion est plus élevée que les graminées. Un des plus importants avantages de la culture des légumineuses avec des graminées est l’amélioration de la qualité des fourrages (Baumont, 2009).

  • Effet du rapport feuille/ tige

Quelque soit la famille de la plante fourragère, une augmentation de la teneur en parois indigestibles de 10 g/Kg de matière sèche entraîne une diminution de la digestibilité de 1point et de la valeur UFL de 0,02 unité. Rappelons que la teneur en parois végétales augmente avec la croissance de la plante, et que la digestibilité des parois diminue avec le vieillissement des tissus (Baumont et al, 2009).

  • Fertilisation

La fertilisation des graminées à l’azote (N) augmente considérablement souvent le rendement et aussi augmente généralement les niveaux de protéines dans le fourrage. La fertilisation en phosphore, en potassium, ou d’autres nutriments augmente le rendement qui peut effectivement réduire légèrement la qualité du fourrage lorsque la croissance est rapide. Des concentrations excessives de certains éléments tels que le potassium peut dans certains cas, diminuer la disponibilité d’autres éléments comme le magnésium dans l’alimentation (Ball et al ,2001).

  • Influence de la date de récolte

Le choix du stade de récolte est également très important. Il est le résultat d’un compromis entre le niveau de la production envisagée par l’exploitant, les valeurs énergétiques et azotées du fourrage, et sa digestibilité par les ruminants (Demarquilly, 1982).

  • Saison

Il existe des variations considérables dans la qualité du fourrage dans les différentes saisons. Les espèces fraîches sont généralement élevées dans la qualité que la saison chaude. La digestibilité moyenne des graminées de saison fraiche est environ 9% plus élevé que des graminées de saison chaude. (Terry et Tillely, 1964).

  • Stade de développement de la plante

Une des principales causes de l’altération de la qualité des fourrages est le stade de végétation de l’herbe au moment où elle est utilisée (Bourenerias, 1979 cité par Rekik, 2004). Jarrige (1988), constate une modification de la composition chimique durant les différents stades de développement des plantes.

La composition d’un fourrage diffère selon le stade de la plante, elle s’enrichit en cellulose brute aux dépens des matières azotées. La valeur énergétique et azotée des fourrages varie d’un stade à l’autre de la même plante, elle est plus importante aux premiers stades (Tableau 02). Ainsi, la valeur énergétique et azotée des fourrages varie d’un stade à l’autre de la même plante, elle est plus importante aux premiers stades (tableau 03).

Tableau 02: Composition chimique (% MS) de quelques fourrages (Jarrige, 1988).

Espèce

MO

MM

MAT

CB

Luzerne (Medicago sativa) 60 cm

87.9

12.1

22.5

24

Luzerne (Medicago sativa) floraison

89.8

10.2

16.8

33.3

Brome (Bromus catharticus) épi à 10 cm

86.3

13.7

18.6

23.9

Brome (Bromus catharticus) floraison

91.8

08.2

07.6

33.4

Sorgho fourrager (Sorghum) montaison

88.4

11.6

19

26.4

Sorgho fourrager (Sorghum) floraison

92.7

07.3

08.7

21.1

Paille de blé

92

08

03.5

42

Paille d’orge

92

08

03.8

42

Tableau 03 : Evolution de la valeur énergétique et azotée en fonction du stade de développement (Jarrige, 1988).

 

 

 

Espèce

Valeur énergétique

(/kg MS)

Valeur azotée

(g/kg MS)

 

UFL

UFV

MAD

PDIA

PDIN

PDIE

Luzerne (Medicago sativa) 60 cm

0.88

0.82

176

51

141

101

Luzerne (Medicago sativa) floraison

0.69

0.59

122

38

106

81

Brome (Bromus catharticus) épi à 10 cm

0.98

0.95

146

42

117

99

Brome (Bromus catharticus) floraison

0.77

0.70

45

17

48

71

Sorgho fourrager (Sorghum) montaison

0.81

0.74

146

43

119

93

Sorgho fourrager (Sorghum) floraison

0.68

0.59

53

20

55

66

Paille de blé

0.42

0.31

00

11

22

44

Paille d’orge

0.44

0.33

03

12

24

46

 

 

 

 

 

 

 

 


Last modified: Sunday, 19 October 2025, 12:44 AM