Chapitre I : Principales bactéries pathogènes pour l’homme.

 

 Classification des principales bactéries d’intérêt médical


       Les bactéries peuvent être classées et donc identifiées en fonction de plusieurs paramètres.

  • Morphologie microscopique : coque, bacille, isolés, groupés en deux, en chainette, en amas … (Fig. 1).
  • Morphologie macroscopique : taille – forme – couleur des colonies sur culture.
  • Résultat de la coloration de gram : Gram positif – Gram négatif.
  • Température de croissance.
  • Besoins respiratoires : aérobie – anaérobie strict – aéro-anaérobie facultatif - micro aérophile.
  • Mobilité.
  • Présence de spores.
  • Besoins nutritionnels : nécessité de substances particulières.

 

Figure 1 : Morphologie microscopique des bactéries (Prescott et al., 2003).

 

 

Tableau 2: Classification des bactéries (Prescott et al., 2003).

 

Coques à Gram Positif

Morphologie

Genre

Espèces

 

En amas

 

Staphylococcus

Staphylocccus aureus,

Staphylocoque à coagulase négative

 

 

 

 

En chainette

 

 

 

 

Streptococcus

Streptocoque bêta hémolytique : Groupe A pyogenes, Groupe B agalactiae, Autres groupes

: C, G, F ….

Streptocoques alpha hemolytiques :

mutans, oralis, sanguis, salivarius, complexe milleri

(anginosus, constellatis, intermidius)

En diplocoque

Streptococcus

pneumoniae

En courtes

chainette

Enterococcus

faecalis

faecium

Coques à Gram Négatif

Morphologie

Genre

Espèces

En diplocoque

Neisseria

meningitidis

gonorrheae

Bacille à Gram Négatif

Morphologie

Famille

Genre et Espèces

 

 

 

 

Bacille à Coloration bipolaire

 

 

 

 

 

Enterobactériaceae

Escherichia coli (colibacille) Klebsiella

Citrobacter Enterobacter Proteus Serratia Providencia Morganella

Salmonela (typhimurium) Shigella (sonnei) Yersinia

(enterolitica)

 

 

 

 

 

Cocco bacilles

 

Brucella melitensis Haemophilus ( influenzae) Moraxella (catarralis) Pasteurella multocida Bordetella pertussis Legionella

pneumoniae Kingella

 

Bacilles aérobies stricts

 

 

Pseudomonaceae

Pseudomonas aeruginosa ( bacille pyocyanique) Autres (Burkholderia – Stenotrophomonas ..) Acinetobacter

baumannii

 

 

Vibrions

 

 

Vibrionaceae

Vibrio cholerae Autres Vibrions Campylobacter

Helicobacter

 

Bacille à Gram Positif

Morphologie

Genre

Espèces

Petits

Listéria

monocytogenes

 

Erysipelothryx

rhusiopathiae : bacille du rouget du porc

 

 

Corynebacterium

diphteriae : bacille de

LoefflerAutres : coryneformes

Grands

Bacillus

Anthracis : bacille du

charbon Autres

 

Nocardia

 

 

Mycoplasmes

Morphologie

Genre

Espèces

Sans paroi

Mycoplasme

pneumonie hominis

Autres

 

Ureaplasma

urealyticum

 

 

Mycobactéries

Morphologie

Genre

Espèces

 

Bacilles alcoolo-acido résistants

 

Mycobacterium

Tuberculosis : bacille de Koch (BK), bovis

«atypiques» BCG

Leprae : bacille de Hansen

Bactéries Anaérobies strictes

Morphologie

Genre

Espèces

Coques à Gram positif

Peptostreptococcus

 

Coques à Gram négatif

Veillonella

 

Bacilles à Gram positif

Clostridium Actinomyces Peptococcus

Propionibacterim

tetani , perfringens , botulinum

, difficile

 

acnes

Bacilles à Gram négatif

Bacteroïdes Prevotella Fusobacterium Porphyromonas

Eubacterium

 

 

  • Rappels sur la structure bactérienne

La structure de la paroi bactérienne dépend l’appartenance des bactéries au groupe des bactéries à Gram positif ou à Gram négatif. Les deux groupes possèdent en commun un constituant essentiel, spécifique au monde bactérien, le peptidoglycane. Ce constituant confère à la bactérie sa forme et sa rigidité qui lui permet de résister à la pression osmotique intra- cytoplasmique (Fig. 2).

 

 

 

Figure 2 : Structure de la paroi bactérienne des bactéries Gram positif et Gram négatif.

 

 

– Bactéries à Gram positif (BGP) : le peptidoglycane est la partie la plus externe de la bactérie. Il est plus épais que chez les bactéries à Gram négatif et entoure la membrane cytoplasmique de la bactérie.

– Bactéries à Gram négatif (BGN) : la paroi bactérienne contient un élément supplémentaire, la membrane externe, laquelle entoure le peptidoglycane qui est plus fin que chez les bactéries à Gram positif. La membrane externe est un élément très important dans la physiologie des BGN constituant une structure de résistance aux facteurs de défense de l’hôte. Son feuillet interne est essentiellement phospholipidique et son feuillet externe est majoritairement formé de lipopolysaccharides (ou endotoxines) et sont responsables du choc endotoxinique des infections à Gram négatif. L’espace situé entre les deux membranes est appelé l’espace péri plasmique, il contient donc le peptidoglycane mais aussi de nombreuses enzymes parmi lesquelles les bêta-lactamases.

Les protéines liant les pénicillines (PLP) : sont des protéines ancrés dans la membrane cytoplasmique et émergent dans l’espace péri-plasmique, elles sont toutes porteuses d’activités enzymatiques notamment la synthèse du peptidoglycane.

 

 Les principales bactéries pathogènes pour l’homme

 

Cocci à Gram positif

 

Les Staphylocoques

 

 Les Staphylocoques sont des cocci à Gram positif très résistants dans le milieu extérieur. Le genre Staphylococcus comporte deux espèces :

  • Staphylococcus aureus (le staphylocoque à coagulase positive) qui possède un potentiel de pathogénicité important, impliqué dans les infections communautaires et nosocomiales.
  • Staphylocoques à coagulase négative : pathogènes opportunistes impliqués dans les infections nosocomiales.

 

Historique

Les Staphylocoques sont observés par Pasteur en 1879 dans un pus de furoncle. Ils doivent leur nom à OGSTON (1881) qui les a mis en évidence dans des abcès aigus et chroniques.

 

Habitat

L’homme est le principal réservoir, qu’il soit malade ou porteur sain hébergeant des staphylocoques au niveau des fosses nasales, de l’intestin, de la peau ou de ses annexes glandulaires (aisselle, périnée). Les staphylocoques contaminent également les surfaces, l’air et l’eau. La transmission est avant tout interhumaine directe et manuportée.

 

Caractères bactériologiques

Ce sont des cocci à Gram positif, regroupés en amas (grappe de raisin), en tétrade ou en diplocoques (Fig. 3). Sont immobiles, dépourvus de spores, présentent une capsule polysaccharidique.

 

 

 

Figure 3: Les staphylocoques.

 

Les staphylocoques sont des germes peu exigeants et peuvent être isolés en bouillon ou sur des milieux solides simples tels que géloses ordinaires ou gélose au sang ou géloses sélectives (chapman). Ils sont aéro-anaérobie facultatifs, fermentent le glucose et le glycérol et possédant la catalase.

 

Pouvoir pathogène

Ce sont des Germes pyogènes par excellence, S.aureus est le microbe de la suppuration. Certaines souches agissent aussi par libération d'une ou de plusieurs toxines (intoxication alimentaire, syndrome de choc toxique, impetigo).

La fréquence et la gravité des infections à staphylocoques sont liées à trois principaux facteurs:

  • le caractère ubiquitaire du germe,
  • l'abaissement des défenses locales et générales des malades soumis à des soins intensifs, des interventions chirurgicales graves, etc.,
  • et la fréquente résistance aux antibiotiques du staphylocoque, notamment du staphylocoque hospitalier.

Les différentes formes des infections staphylococciques sont :

  • Formes cutanées : atteinte plus ou moins sévère des follicules pilo-sébacés (folliculite, furoncle, anthrax), atteinte péri-onguéale (onyxis, perionyxis, atteinte du tissu sous-cutané (panaris, phlegmons). Certaines formes superficielles (impetigo) peuvent se compliquer de lésions bulleuses graves lorsque la souche de staphylocoque est productrice d'exfoliatine.
  • Formes muqueuses : otites, sinusites, mastoïdites, conjonctivites. 

Formes généralisées :

 Septicémie succédant à un foyer initial cutanéo-muqueux : diffusion par atteinte des veines (séquence : phlébite, caillot, embol septique en rapport respectivement avec action de la coagulase, de la fibrinolysine et de l'hyaluronidase). On l'observe principalement chez les sujets ayant des défenses immunitaires affaiblies, traumatisés, sujets soumis à une intervention chirurgicale grave, sujets en unité de soins intensifs, diabétiques, etc..., sujets âgés, nourrissons. Les septicémies à staphylocoques, qui sont de pronostic redoutable (20 à 30% de mortalité), se compliquent souvent de localisations viscérales, même lorsqu'elles sont peu symptomatiques : pleuro- pulmonaires (abcès bulleux), ostéo-articulaires (ostéomyélites), uro-génitales (phlegmon périnéphrétique), cérébrales (abcès du cerveau), cardiaques (endocardite aiguë).

  • Formes intestinales : soit intoxication alimentaire par absorption de toxine préformée dans des aliments contaminés par un staphylocoque producteur d'entérotoxines, soit entérocolite aiguë pseudo-membraneuse à staphylocoque, consécutive à une antibiothérapie polyvalente massive et prolongée ayant sélectionné une souche entérotoxique.
  • Syndrome de choc toxique décrit pour la première fois en 1978 (TODD). Il associe une hypotension artérielle importante avec état de choc, de la fièvre (> 39 °C), une érythrodermie diffuse, une desquamation des paumes et des plantes une à deux semaines après le début de la maladie et une atteinte pluriviscérale (digestive, musculaire, muqueuse, rénale, hépatique, neurologique, hématologique). Fait important, les hémocultures sont négatives tandis que les prélèvements locaux permettent de cultiver S.aureus. La majorité des cas publiés sont associés à l'usage de tampons vaginaux périodiques particuliers, retirés mamintenant du marché. Les signes cliniques sont liés à la production d'une exotoxine protéique (Toxic Shock Syndrome Toxin 1 ou TSST-1). D'autres toxines (entérotoxine B ou C) seraient impliquées dans le syndrome de choc toxique. Des syndromes similaires peuvent s'observer au cours d'infections par d'autres bactéries (exemple : Streptococcus A).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Modifié le: samedi 11 octobre 2025, 23:54